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Expérience folle en triathlon : Swedeman

Sacha de Bilderling : « Résumé de, sans doute, ma plus folle expérience en triathlon

Et dire qu’il y a quelques années, je m’entends encore dire à Geoffrey mon frérot : ‘’un 70.3 ? Tu es fou, c’est 10x trop long. Non, une distance Olympique c’est bien assez long !’’. Et samedi dernier, me voilà côte à côte avec Geo et Benja, tous les trois alignés pour un des plus extrêmes triathlons existants, le Swedeman.

 

Le Swedeman, ce sont 3.800m de natation en lac avec une arrivée au pied des plus grosses chutes d’eau de Suède, 205 km à vélo avec 2400m de dénivelée positive et terminer par un marathon complet dans le domaine skiable de Åre avec 2500m de dénivelée positive. L’organisateur avait annoncé la première arrivée après 13 heures d’effort. C’était sans compter les conditions climatiques du jour.

Alors que l’été a donné le meilleur de lui-même, l’eau avait 16 degrés au lieu de 13. Les 3 degrés nous ont fait un bien inouï. Par contre, le vent s’est levé pendant la nuit. Et le matin de la course, nous sommes partis alors que ça soufflait à 15m/s. Avec ces rafales, le lac s’est transformé en grosse mer du Nord agitée réduisant la visibilité à moins d’1 mètre, c’est-à-dire, la vague suivante. J’ai rarement avalé autant d’eau lors d’une natation ! Le vent était tellement fort que l’organisateur a préféré ne pas mettre de bouée au risque qu’elles ne dérivent et nous envoient dans une direction indésirable. Il a donc fallu nager tête largement au-dessus des vagues pour s’orienter tant bien que mal dans la pénombre de 5 heures du matin – ciel bien chargé de nuages. Je sors tout de même dans les 7 – 10 premiers.

Je me change en T1, transition inhabituellement lente car je redoutais le froid de la montagne. Je m’habille aux couleurs du club dans le maillot et cuissard tout confort Nalini, aidé par mon super binôme Jean-Charles sans qui la course n’aurait pas été possible – merci Jean-Charles et Jérôme.

Me voilà parti, un gros vent dans le dos sur les routes montagnardes. La moyenne est incroyable, aidé par Eole, la première partie cycle était plus que du plaisir. Les pointes à 65km/h ne sont pas rares et les kilomètres s’envolent aussi. Je continue à pousser malgré l’annonce redoutée du retour. Je partage avec Geo une voiture ravito. Nos précieux « crew member », de vraies petites Nounous qui m’ont préparé et tendu les gourdes, beurré des sandwiches, donné les barres énergétiques, encouragé, le tout sur un aller-retour entre deux coureurs dont l’écart n’arrangeait rien à la tâche.

Arrivé à Krokom et le fameux rond-point, on effectue un 90 degrés qui nous amène nez à nez avec Eole. C’est à ce moment qu’on regrette d’avoir donné dès le début. On ne lâche rien et on pousse. Je dépasse un concurrent (ça fait toujours plaisir) et on continue, moins vite mais toujours aussi dur. La moyenne tombe mais ce n’est pas grave. Il faut absolument arrivé avant le cut-off time et chopper le t-shirt jaune (le graal de la course).

80 km dans le vent, c’est long … et lent ! Patiemment, j’avale les km et arrive enfin près de Åre vers la T2. Une dernière côte, ahhh elle fait mal celle-là !!

En T2, je me change à nouveau complètement, chaussettes, short… tout. Et je me lance à l’assaut de la colline. Deux Suédois devant, je les dépasse, puis, un autre concurrent, et puis un autre. Waouw, ça se passe bien ! j’ai les jambes, le moral et je suis hyper concentré. Arrivé au sommet, on me signale que je suis 5ème ! au ravito, je vois J-C qui m’encourage, « besoin de rien ? Non, tout se passe bien », sourire jusqu’aux oreilles. Je fonce vers la T2A à 31km sur ce marathon. Là, je rejoins Jean-Charles qui doit m’accompagner vers le sommet. Check point pour voir si je peux continuer. You are good to go… cool, j’ai bientôt mon t-shirt jaune !

Et là, le type m’annonce : « the first man is one hour ahead, the second is 20 min in front of you, and you are third ! » Je regarde Jean-Charles, je n’y crois pas! Je suis 3ème , je vois ce podium ! Il n’y a plus qu’à gérer les 10 derniers km. On s’élance sur la piste de ski qu’on remonte. Puis, ça monte super dur – une piste de ski, quoi !

Ça monte et ça monte. Tout à coup, j’ai un froid dans le dos ! –« Jean-Charles, je ne vois plus de drapeau ! On s’est planté ! » – on doit redescendre. On court et, à mi-chemin, je vois les suivants prendre la même ascension. On hésite, ce serait quand même bon ? on remonte… Rrrr, non, il n’y a pas de drapeau !!! on redescend à nouveau jusqu’au dernier drapeau visible. En nous voyant descendre, tous les poursuivants comprennent qu’on s’est planté. Ils se mettent TOUS à courir !

Je perds mon sourire et on court en serrant les dents. J’ai perdu entre 15 et 20 minutes. Enragés, on reprend tout doucement quelques adversaires. On est tous cuits, les jambes mortes. Je mords sur ma chique et continue. On se met dans le rouge vif en avalant les derniers gels.

Je vois les deux derniers à prendre. En se retournant, ils me voient aussi et me reconnaissent. Ils partent à deux en courant à nouveau. Ils sont à moins de 200m. J’ai tous les autres collés à mes crampons qui ne veulent pas me laisser filer. On reprend l’ascension en marchant J-C et moi, une boule à l’estomac. On doit les laisser partir. Arrivés au sommet, il reste 1km de descente. Je ne vois presque plus les cailloux. Je passe la ligne en 13h18. Le deuxième passait en 13h06, 12 minutes devant, j’en avait au moins 15 d’avance ! Potentiellement, je pouvais monter sur la deuxième marche.

C’est une belle mais très douloureuse leçon. En course, on doit rester concentré jusqu’à la ligne, pas avant. Je rate le podium auquel je ne rêvais pas avant la course. Mais j’ai probablement réalisé la plus belle perf de ma carrière de triathlon. Grâce bien sûr à Jean-Charles et Jérôme (le binôme de Geo) qui ont gérer aussi une grosse partie de la logistique – ultra important sur un si long parcours – Je réalise une course vraiment parfaite, à l’exception de cette erreur, une seule, mais grosse erreur !

 

Je suis 7ème mais je suis extrêmement heureux car c’était le plus beaux parcours, majestueux, hyper technique, dur et spectaculaire avec des conditions climatiques dantesques – un Xtri quoi !

 

Encore un tout grand merci à Jean-Charles qui fait un cent pour cent. J’ai passé un weekend de dingue. Merci aussi à Geo et Benjamin, Jérôme et Annabelle. Une vrai toute belle équipe.

Merci à mon coach Nicolas d’Harveng et Start-Today. C’est lui qui m’a préparé à cette épreuve, il a vraiment fait un super boulot, des conseils et un programme d’entraînements à la hauteur de mes défis.

Merci enfin à Jacques Naveau et le club TriGT et à ses sponsors #arenawaterinstinct #arenaopenwater #infinitri #cbd #wantyoubike #nalini

Thank you to the #swedeman #swextri team #extremetriathlon.

 

Prochain défi, l’Ironman de Floride en novembre, après un peu de récup

 

Sacha de Bilderling

www.infinitri.be

 

credit photo: Kai-Otto Melau